Mais il connaît pas Raoul ce mec !

En Californie, les « bad hombres » pullulent et se reproduisent plus vite que les white men. Le cauchemar de Trump se traduit dans les chiffres : le nombre d’« hispanic ou latino » a dépassé le nombre de « white only » en 2015 : 38,8 % contre 38 %, le reste étant des « Asian » pour 14,7% des « Black or African American » pour 6,5%, des «American Indian or Alaska native » pour 1,7%… selon les sources du Census bureau. A Los Angeles, il n’est donc pas facile d’éviter les « Nasty women » et les « bad hombres ».En montant dans l’Uber de Claudia, la belle mexicaine qui devait m’amener au campus UCLA le weekend dernier pour le parents’ day organisé par le campus, j’ai aperçu un joli objet que j’ai identifié comme indien mais dont l’utilité ne m’a pas tout de suite sauté aux yeux. C’était un « dreamcatcher », que la sœur de Claudia mi-mexicaine, mi-navajo lui avait fabriqué : « J’espère que vous ne rêvez pas trop en voiture Claudia… ou alors que votre dreamcatcher fait bien son office car je préfèrerais arriver entière au campus… ».
Après « un small talk » sur l’état de la circulation, nous sommes passées au sujet « enfants ». Le fils de Claudia étudie en médecine à Seattle pour devenir pédiatre. Il s’y prépare depuis l’âge de seize ans, en prenant des cours supplémentaires le soir et n’a pas pris de vacances depuis plusieurs années. Il préfère faire du bénévolat dans des hôpitaux pour enfants… Une vocation née de son expérience personnelle : son jeune cousin atteint d’un cancer et que toute la famille a soutenu de manière admirable. Le fils de Claudia bosse comme un dingue, ce qui inquiète un peu Claudia, mais quelle fierté pour elle aussi : s’il continue sur sa lancée, il aura un beau métier qu’il aime. Si tous les Hombres pouvaient être bad comme le fils de Claudia…
Le lendemain à UCLA, nous avons pris notre petit-déjeuner à une table « diversifiée » en minorités étranges. Des petits Frenchies (The Morisseau) partageaient leur breakfast avec une famille d’américains émigrés de première génération et argentins d’origine allemande (quand la maman a parlé de « heavy german heritage » pour dire que sa fille avait appris l’allemand mais pas l’espagnol, je n’ai pas pu m’empêcher de me poser des questions…que je n’ai naturellement pas extériorisées)… et des mexicains, Raul et Rosa.

Pour les français, discuter de politique est assez naturel : il suffit d’une bouteille de vin pour réconcilier tout le monde après une discussion orageuse. Ici ça ne se fait pas, on préfère les « small talks » climatiques, sauf à Los Angeles où il fait toujours beau et où on se spécialise en embouteillages ou sur les optimisations routières pour aller de LAX à Bel Air. Enfin, je parle des optimisations routières pour ceux qui habitent dans les quartiers entretenus par les latinos qui tondent leur jardin ou époussettent leurs meubles. Parenthèse pour Monsieur Trump : qui entretiendra vos golfes et vos hôtels quand vous aurez viré les latinos ? La campagne présidentielle ne facilite pas les discussions politiques : avec 44 % des américains qui annoncent voter ce mec, il n’est pas évident de se lancer dans une discussion avec des inconnus. Heureusement, nous étions à une table moyennement dangereuse. Nous avons vite compris que nos amis argentins ne votaient pas forcément pour les républicains et Raul n’était clairement pas le meilleur ami de Trump. Si je vous disais que Raul est landscaper vous me diriez que décidément j’ai trop regardé Desperate Housewives et que je me délecte de clichés comme d’habitude. Oui j’aime les clichés …mais j’vous jure Raul, il est bien landscaper… Je n’ai pas osé demander à Rosa sa profession (elle n’avait probablement pas le rôle d’Eva Longoria). Raul ne roule pas sur l’or mais travaille depuis de nombreuses années dans la même société. Il aime son métier. J’ai amélioré grâce à lui ma connaissance dans les sprinklers qui permettent de réduire la consommation d’eau pour l’arrosage des pelouses. Malheureusement pour Raul, l’idéal – vu que la sécheresse n’est pas partie pour s’arrêter – serait simplement d’arrêter d’arroser les pelouses et les golfes californiens ou de passer à un genre de jardins japonais… Malgré la sécheresse qui menace, la famille de Raul semble incarner le modèle de l’intégration dans l’American dream : deux filles studieuses, un fils à UCLA parlant mieux anglais qu’espagnol (ce qui est un peu dommage peut être), Sophomore, en international politics. Ce fils travaille, en plus de ses études 20 heures par semaine, comme cadre dans la police du campus (ils sont dingues à UCLA : ils embauchent des bad Hombrs dans la police !!!!). Raul connaît par cœur le discours typique de l’American dreamer (il doit avoir un bon dreamcatcher) qui croit en l’ascension sociale : « we are here to support our child ». Raul ne croit pas que Trump peut gagner les élections, mais samedi, on sentait que les conséquences concrètes d’un tel résultat sur sa situation personnelle et celle de sa famille seraient dramatiques. On avait presque envie de lui dire : vu que Trump ne s’est pas engagé à accepter les résultats s’il perdait, s’il gagne, vu que tu es un des « bad hombres », et que vous avez la majorité en Californie faites sécession guys. Tu vois tu lui cites tu Audiard dans le texte à Trump : « Mais il connaît pas Raul ce mec ! » Je parierais que si j’avais dit ça à Raul, il m’aurait dit d’un air horrifié : this is so un-american ! … A voir, il y a bien des Etats qui ont fait la guerre de sécession pour défendre l’esclavage non ? Demandez à Scarlett… O’Hara hein, pas Johansson.

 

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