Deuxième Halloween pour la Desperate Housewife. Si l’année dernière fut un round d’observation lointain, cette année, « let’s embrace the American tradition » !
Maria-Teresa, notre bouillonnante amie italienne avait encore en travers de la gorge d’avoir loupé samedi son Rossini. Mais qu’est-ce qu’elle foutait à Alger son italienne, alors qu’on l’attendait à Manhattan ! Fallait que ça tombe sur nous, un rigolo qui se croyant déjà à Halloween avait répandu les cendres de son ami dans la fosse d’orchestre du Met le jour de notre représentation !!! C’est pas à la Scala qu’on verrait ça ! Alors non décidément il fallait se rattraper, on n’allait pas en plus louper le vrai Halloween pour lequel elle avait traversé l’Atlantique. Philippe, the husband beaucoup plus stoïque mais plus bougon, et Jérôme, the son, n’avaient qu’à suivre. Nous leur avons collé pronto entre les pattes la caisse de costumes que Jen, notre voisine, m’avait gentiment prêtés. Il y avait du lourd là-dedans, y compris des costumes ayant eu des awards à la High School de Rye !. « Mets la main ensanglantée Jérôme ça fera plus vrai, par contre le masque avec les yeux qui pendouillent, c’est tou match… Philippppe (Maria-Teresa a conservé un très léger accent italien) la rayure ça affine la taille… ». Philippe a enfilé en ronchonnant son costume de prisonnier façon O Brother. Ah ces italiennes. Elles vous les dirigent … à la baguettttte leurs hommes !
Jade, qui n’est jamais en reste, avait prévu deux costumes : celui de l’école (red) et celui du soir (purple). Je n’ose pas imaginer ce que sera la prom de Jadoudou ! Avec un peu de chance nous serons déjà rentrés en France, sinon il lui faudra autant de robes qu’à Peau d’Ane : une robe « couleur de soleil » pour la pré-prom, une « couleur de lune » pour la prom et une « couleur de temps » pour la post-prom.
Jade avait aussi prévu quelques bonbons : 6 ou 7 sacs de plusieurs kilos chacun furtivement jetés dans un caddy pendant que j’avais le dos tourné et choisissais des pommes avec amour. Parce que je veille à ce qu’ils mangent « sain », mes enfants ! Et croyez-moi it’s not a piece of cake au pays où même la viande et le pain sont sucrés. « Ne t’inquiète pas maman, on donnera le reste à l’école pour une charity ! ». Jade est toujours très charitable dans ces moments-là. Le lendemain, voyant un monsieur qui ressortait de chez CVS avec un caddy plein, elle avait ajouté : « tu vois maman, finalement on a été très
raisonnables». Vu qu’une copine venait de me raconter que son mari, abonné à un journal online de chiens et chats écrasés du Westchester et autres joyeusetés… avait reçu un email libellé ainsi : « Sex Offender Addresses : Larchmont, Mamaroneck Homes do be Aware of this Hallowing. Before kids go out trick or treating on Halloween, fall is a good time to take inventory of who is living in the neighbordhood. », mon neurone s’est allumé. Genre panique à bord : TUT, TUT, TUT un pervers, ALERTE, ALERTE. Mais que fait la police ? Calmons-nous, allons voir la liste internet du fameux site : merde y a pas de photo ! Vous voyez je m’américanise… Je progresse quoi. Bientôt je vais voter Trump ! Non, je rigole, j’ai pas le droit de voter ici ! Desperate oui, mais française moi, monsieur. Je pourrai voter Hollande ou Sarko. Au non ! je vais jouer à la loterie pour la carte verte. Mais comme d’habitude je m’éloigne du sujet, je ne tiens pas la ligne, je dilue, je délaie. Revenons à notre Jadoudou et sa charité : quand il s’est agi de remplir le panier pour distribuer les bonbons à d’éventuels visiteurs, elle m’a dit effarée : « Oh My Gosh ! maman tu ne vas quand même pas donner les « sour patch », like c’est ce que je préfère. – M’enfin Jade, y en a trois kilos, on va peut être partager non ? »
Pour participer à Halloween, c’est comme dans le Football américain, il y a deux équipes : l’attaque et la défense. On ne peut pas être dans les deux camps en même temps : soit tu accompagnes ton chérubin déguisé en diable (attention dès la pré-adolescence, lâche lui la grappe, car il a honte de toi) soit tu reçois ceux des autres à domicile… Si tu accompagnes, c’est cool : tu poireautes devant chaque maison. Recommandation entre parenthèse et entre amis : n’oublie pas de prendre une petite provision de bonbons pour résister au froid parce que si tu espères taxer ton chérubin, tu te fous le doigt dans l’œil jusqu’au coude … Ce n’est parce qu’il est porté par son sac qu’il va te donner un bonbon. Tu peux crever de froid dans le caniveau, il est déjà parti pour la maison suivante. Attention ! recevoir à domicile – je veux dire si tu fais cela comme un pro – demande un peu de créativité, d’investissement, y compris financier, et de stamina, et de faux sang et de toiles d’araignée, … D’un commun accord avec moi-même, nous avons décidé de jouer
essentiellement en attaque cette année. Mais nous avons quand même distribué quelques bonbons à domicile à ceux qui avaient entamé les hostilités de bonne heure. Cela nous a permis d’observer que tous les enfants ne sont décidément pas aussi bien élevés que les nôtres. Pas de « Hi, hello how are you today ?», pas de « Happy Halloween » et encore moins de « Thank you ». Pourtant c’est leur langue natale ! Ca attaque directement : «Trick or treat » sur un ton hyper aigu et visiblement il ne s’agit pas de répondre : oh sorry I run out of candies. Non si tu ne veux pas jouer, tu préviens : tu fermes toutes les lumières chez toi, tu te barricades ou tu vas au restaurant, ou tu emmènes tes propres enfants dans d’autres quartiers. Nous on a joué. Donc fallait avoir du répondant question candies : grâce à Jade on a bien tenu la longueur. Certains visiteurs sourient de leurs dents de vampires et demandent combien ils peuvent prendre de bonbons : alors moi je réponds « as many as you want sweety » et puis voyant que le petit est en train de vider mon panier, je le retire sèchement et dis aussitôt : « well we’re done, goodbye and happy Halloween ». « Arrête, dit-Jean-Charles, tu es perverse ! ». Bah oui, je suis Maleficent… :
« Oui, je suis la sorcière
J’suis vieille, j’suis moche, j’suis une mégère
Oui, oui, oui, sur mon balai maudit
J’aim’ bien faire mal aux tous petits
Je fais bouillir des mains de pendus
J’mange des crapauds, des rats tout poilus
…
Dans ma marmite c’est l’épouvante
Y a des bestioles dégoulinantes
Ce soir j’fais du boeuf au pipi
Car c’est la fête aujourd’hui… »
Après avoir effrayé des vampires, des fantômes, des pirates…, nous avons finalement quitté la maison en laissant un panier rempli à ras bord sur le seuil de la porte et avons entamé le marathon du Parkway. A côté, celui de NY c’est de la gnognotte ! Les gens dans le quartier c’est des frapadingues. Moi qui voulais concourir l’année prochaine pour la maison la plus spooky de la neighborhood, je pense qu’il va falloir que je m’entraîne sérieusement. Là je ne suis même pas au niveau semi-marathon. Les Américains, ils sont imbattables : il faut toujours qu’ils impressionnent la galerie. A moins de faire revenir Constance de Los Angeles avec des équipements ultra lourds, des effets spéciaux façon Universal Studio, l’équipe de Football de UCLA et les pom pom girls qui vont avec, je ne vois pas trop comment je peux rivaliser. Dans une des maisons, l’hôtesse, habillée en sorcière était assise dans son entrée, savamment éclairée pour qu’on la devine sans la voir. Elle attirait les enfants d’un geste envoûtant de la main (notre pervers se serait-il caché au Parkway ? Mais non j’avais vérifié les adresses… ouf !). Pour entrer, il fallait passer sous une haie découpée : certains aménagent même leur jardin en prévision d’Halloween et ce depuis des années…. La haie dégoulinait de toiles et croulait sous les araignées géantes, qui guettaient des squelettes ricanant et dodelinant de la tête. Après avoir traversé Beyrouth et Sarajevo réunis, les enfant atteignirent enfin le Graal : des bonbons disposés dans une assiette surmontée d’un crâne avec quelques cafards : beurk… Jade a failli ne pas se servir et nous sommes repartis rapidement. Evidemment, l’arrivée d’un Monsieur tiré à quatre épingles qui nous a salués civilement alors que nous sortions, le mari de la sorcière et son épagneul, a un peu cassé l’ambiance. Je m’attendais à ce qu’il nous saute dessus, qu’il perde la tête au sens propre, qu’il nous vomisse des araignées ou du sang ou les deux : mais non il nous a souri et a rejoint sa sorcière bien aimée. Quelques yards plus loin, nous avons atteint la spookiest des maisons : le cauchemar de Jade. Toute l’année, elle nous a dit en passant devant : C’est LA MAISON D’HALLOWEEN avec un air terrorisé. En regardant la petite maison Tudor façon blanche-neige, un peu kitsch certes, mais au jardin bien propret, je ne comprenais pas bien ce qui l’effrayait. Voulant faire mon intéressante, j’ai décidé de rentrer moi aussi dans l’inferno. Je me suis mise à tailler une petite bavette avec un squelette, très décontractée comme je sais l’être. Frankenstein m’a repérée : je lui ai souri. Je suis Maleficent quoi. Il n’a pas répondu (on comprend pourquoi les enfants son mal élevés dans ce quartier). Sans que je m’y attende, il m’a balancé une espèce de souffle sur le visage. J’ai fait un bond en hurlant. « Bon les filles, la prochaine maison, je vous attends dehors. Ne craignez rien je surveille la route. ». Partout on entendait des cris, des hurlements, des hululements, des ricanements. Après des heures et des heures (le temps s’écoule parfois lentement), nous avons rejoint nos pénates. Le panier était vide, renversé par terre. Les adolescents nous attendaient. Victoire m’a dit : « maman ce qui est cool, c’est que la première année quand tu arrives dans une maison où les gens ont laissé un panier avec une note « take one candy », tu obéis… mais la deuxième, tu en prends un, puis deux, puis trois. Puis à la deuxième maison, tu en prends plein. Tu en laisses juste pour tes copains. C’est pour ça qu’il faut démarrer de bonne heure ». Ils sont bien élevés mes enfants, pas vrai ? Bon allez, moi je vais aller me prendre un petit sour patch !