Une année Van Hove

Et de 4 pour les Morisseaux, une année de théâtre réduite (forcément nous nous sommes concentrés sur du léger, les comédies musicales à Broadway) et mono-maniaque : quasiment que du Ivo Van Hove. 3 à New York, une à Paris. Quel snobisme ?! Oui et non. Après « A view from the Bridge » et « The Crucible » d’Arthur Miller, après « Kings of War » d’après Shakespeare, voilà « Les Damnés » d’après Visconti. Après Broadway, et le BAM à Brooklyn back to la Comédie Française dans une mise en scène de Van Hove intelligente, brillante grandiose qui maîtrise la forme pour mieux parler du fond : l’Allemagne nazie dans les années 33, 34, le lien entre le régime et les industriels, la lutte entre les SS et les SA…. Un des meilleurs spectacles que j’aie jamais vus. Ca vous glace le sang, ça vous dérange mais quel talent ! Il y a du Wajdi Mouwad dans la manipulation de l’hémoglobine. Van Hove aime ça comme dans le final de « A view from the Bridge ». Ici c’est Podalydès qui s’en prend plein la gueule. Il y a du Olivier Py dans l’étalage de corps nus mais tout est ici à bon escient. Quelle maîtrise rare de la vidéo : le cinéma se mêle au théâtre quand les acteurs sont filmés en gros plan. Les effets de foule sont admirablement rendus dans la scène de « la nuit des Longs couteaux» alors qu’il n’y a que Podalydès et son jeune acolyte sur scène (là les corps nus sont filmés de loin et le jeu des deux acteurs réfléchi à l’écran). Et le son : on se croirait vraiment dans une aciérie, on se croirait vraiment à un meeting de SA….

J’étais verte d’avoir loupé la pièce à Avignon et j’avais peur d’être déçue après avoir vu la captation (forcément bien en dessous de la réalité mais déjà très très bien) que la petite scène du Français ne soit pas à la hauteur de la Cour d’Honneur. Mais cela fonctionne aussi en intérieur… Par exemple, reprenant un procédé utilisé dans Kings of War, Van Hove pré-enregistre les mouvements des comédiens dans les coulisses et le spectateur voit la Baronne Sophie Von Essenbeck sortir de scène, errer en hurlant dans toute la Comédie Française pour sortir sur la place du Palais Royal. On en a froid pour Elsa Lepoivre. Toute la troupe (Denis Podalydès, Guillaume Gallienne, Didier Sandre, Elsa Lepoivre, Loïc Corbery….) est excellente, admirablement dirigée, et au service de la pièce : pas de cabotinage (merci Gallienne et Podalydès), tout est juste, tout est incarné (merci encore Podalydès et son acolyte, merci Christophe Montenez, merci Elsa Lepoivre qui bouffent de la bière, du sang, de la cendre, du goudron et des plumes…). L’utilisation des micros permet un jeu tout en finesse. Un bravo supplémentaire pour le jeune Christophe Montenez qui interprète avec une grande finesse un Martin von Essenbeck complètement barré, complètement pervers…

Une bonne pièce pour conclure 2016 les yeux ouverts. Car si on parle de nazis en 1933-1934, le spectateur en cette fin d’année ne peut pas ne pas penser à ici et maintenant. Vous pouvez encore le voir jusqu’au 13 janvier 2017.

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