Dans notre chère école bilingue, où vont la plupart des enfants de la communauté française voire internationale de Mamaroneck, Larchmont, Scarsdale et autres villes du Westchester proches, il est une institution, que dis-je une institution, une bible plutôt. Cette bible s’appelle le « Blue Book ». Tant que vous ne l’avez pas reçue, vous n’êtes pas encore vraiment intronisé dans la communauté. Si vous êtes un ancien, vous collectionnez les Blue Book avec fierté.
Le Blue Book contient ainsi toutes les coordonnées de tous les élèves et de tous les parents. Sachant que les Morisseau avec 3 enfants sont un peu « petits bras » (ici la Famille normale est plutôt de 4 voire 5 enfants), cela représente un paquet de monde allant de la maternelle à la terminale. Bon évidemment vous allez me dire, rien de bien original là-dedans, nous on a les mêmes à la maison : ça s’appelle un annuaire de l’école. You’re right. N’empêche qu’ici, la communauté est fière de ses Blue Books.
Pour ceux qui sont allés à la Nouvelle Orléans, le « Blue Book » prend une toute autre connotation que n’avait sans doute pas envisagée la personne de la communication sans doute ravie de nommer ainsi ce petit fascicule aux couleurs de l’école. L’ancêtre du Blue Book est né à la Nouvelle Orléans. C’était déjà un annuaire d’ailleurs, l’annuaire de Storyville. Jusque là, rien de bien inquiétant. Les Messieurs bien sous tout rapport qui se rendaient à la Nouvelle Orléans visitaient Storyville une fois leur business achevé. Mais c’était à leur femme qu’ils racontaient des stories. Madame se réjouissait sans doute de voir partir Monsieur avec un livre d’apparence si anodine dont la couverture n’était pas sans rappeler une bible. Leur cher mari était prévoyant quand même… des fois que l’hôtel aurait oublié de leur fournir le saint ouvrage dans la table de nuit de leur chambre. Sauf que Madame ne savait pas que cet annuaire était en fait un « guidebook to the houses and their jolly good fellows ». Les maisons en question étaient en effet closes et les good fellows étaient jolly certes mais contre rétribution. Pour qu’il n’y ait pas de risque que la bible tombât entre de mauvaises mains, la préface indiquait « this book must not be mailed ». Pour que le livre soit utilisé à bon escient, le mode d’emploi indiquait : « To know the right from the wrong, to be sure of yourself, go through this little book and read it carrefully and then when you visit Storyville you will know the best places to spend your money and time, as all the BEST houses are advertised ». En résumé, comme toute bonne bible, le Blue Book éclairait son lecteur sur le bien et le mal pourvu qu’il le lût intégralement. Afin de le rassurer, la préface stipulait de plus : « This book contains nothing but Facts », comme la Bible. Enfin, dernier détail important, les good fellows étaient classées en « white » and « colored » et leur cv était fourni précisant tant leur savoir-être que savoir-faire. Car le visiteur devait savoir à quoi s’attendre. Si les femmes avaient su ce que contenaient le Blue Book, elles auraient été vertes. Depuis, à chaque fois que je cherche une adresse dans le Blue Book de notre chère école, j’essaie de voir s’il n’y a pas des publicités cachées à l’encre magique. Je n’aimerais pas organiser n’importe quelle playdate pour mes filles quand même !
Pour plus de détail sur le contenu du Blue Book de Storyville :